Pointe à Pitre le 09/11/2005 Mr. André QUIDAL 46 rue Schoëlcher 97110 POINTE A PITRE Port. : 0690 67 60 05 Tél. : 0590 68 30 78 Email : andre_charles@live.fr Mon cher Lilian…. J’ai mis du temps à me décider à t’écrire. J’ai réussi à surmonter la déception que tes propos parfois à l’emporte pièce m’avait procurée. Car quoique tu dises aujourd’hui, tu restes à mes yeux un modèle pour la jeunesse de ton pays. Je t’ai apprécié comme joueur talentueux et j’ai apprécié surtout la rigueur avec laquelle tu as mené ta carrière. Tu me fais penser à Jean TIGANA, un autre modèle de réussite. J’ai aimé ta correction sur le terrain vis-à-vis des adversaires, contrairement à ton coéquipier ZIDANE qui se comporte comme un voyou parfois et qui se fait quelquefois expulser. Toi tu es un seigneur. La première déception que tu m’as infligée, c’est lorsque tu t’es déclaré Africain. Ce jour-là, j’étais atterré. Un homme Lilian, c’est le résultat d’une terre et d’une culture. Ta terre, c’est
la Guadeloupe et un peu la banlieue de Paris. Ta culture, c’est
la Guadeloupe,
la France avec des apports du monde entier. Ce n’est pas l’Afrique. D’ailleurs l’Africain, ça n’existe pas. Demande à un homme qui vient de ce continent. Il te dira qu’il est Sénégalais, Libyen, Congolais etc.…Mais pas Africain. Tu es Guadeloupéen et Français : l’un n’empêche pas l’autre, mais l’un n’oblige pas l’autre non plus disait ma mère. Je comprends ta colère quand des minables, des ignorants t’ont sifflé sur les stades où tu les régalais de ton talent et de ta grâce de fauve racé. Je comprends ta colère. Mais permets-moi de te dire que ta réaction a été nulle. Toi et tous ceux comme Thierry HENRY (encore un jeune homme de qualité) qui se sont crus victimes d’une agression, vous avez très mal réagi. D’ailleurs vu le résultat que vous avez obtenu… Les incidents de ce genre se multiplient sur les stades. Des hommes blancs dans des tribunes ont poussé des cris de singe. En quoi cela vous concerne-t-il ? Si un homme pousse des cris de singe, c’est qu’il se prend pour un singe. Auriez-vous, Henry, toi et les autres quelque chose contre les singes blancs ? Si vous continuez à vous en prendre à ces malheureuses bêtes, à ces « Zannimos », moi membre de
la SPA et de la société des amis des bêtes, je me verrai contraint de me porter partie civile contre vous. Redevenons sérieux. Ces gens sont des bêtes envieuses et ignorantes Lilian, il ne faut pas leur faire l’honneur de votre colère. Si un âne vous donne une ruade, allez-vous lui faire un procès. J’avais pensé à 2 réactions possibles : Un jour sur un de ces stades, les 2 équipes pénètrent avec des maillots portant tous le nom du ou des joueurs noirs. Ou encore l’un d’entre vous déclare, candide, à la presse à l’issue de l’un de ces matches : On m’avait dit qu’il existait des singes blancs, j’en avais jamais vu ; c’est la première fois que je les vois et que je les entends. La prochaine fois je vais les photographier pour mettre dans mon bestiaire. Mais je pense qu’on ne devrait pas les emmener au stade, puisqu’on n’emmène pas les chiens : ils pourraient mordre. Leur présence serait plus indiquée dans un zoo. A moins de leur mettre une muselière. Et tu pourrais exiger qu’on les vaccine contre la rage et la bêtise. Je voudrais te conter deux histoires personnelles Lilian. La première : Je déambulais sur le boulevard Sébastopol que tu dois connaître. J’ai bousculé par distraction une grosse femme blanche et ne m’en suis pas excusé. Furieuse, elle me poursuivit et m’asséna un coup de « sale Nègre » bien senti. J’examinai ma peau. J’étais un nègre. Et j’avais pris une douche le matin. Donc, il ne s’agissait pas de moi. Cela m’amusa qu’on pensât m’insulter en me traitant de nègre. J’étais un nègre et cela ne m’avait jamais posé de problèmes ; sauf peut-être quand j’étais resté trop longtemps sans aller chez le coiffeur. Alors je me disais qu’en Guadeloupe, il y avait tant de blancs, de mulâtres et d’indiens ; pourquoi ma mère a-t-elle choisi ce nègre à cheveux crépus dont j’étais si fier et qui m’avait légué son sens de l’humour. Mais maintenant que la mode est aux cheveux ras comme toi, cela ne me pose plus de problème du tout. D’ailleurs, il parait que le fait de se raser le crâne, protège du sida. Tu ne me crois pas ? Réfléchis un peu. Le sida c’est le virus HIV (a chivé) si ou pa ni chivé ou pa ni sida. C’est nul, je te l’accorde. Finissons mon histoire : La grosse blanche furieuse de mon manque de réaction, revint à la charge et me traita de « gros lard » Furieux je la poursuivis et l’abreuvai d’insultes. Elle jubilait. A court de gros mots, je m’arrêtai face à une vitrine qui me renvoya une image détestable. La grosse salope n’avait pas tous les torts. Mais c’était la vitrine d’une pâtisserie. J’y pénétrai et y engloutis 5 gâteaux et une bière et je repris l’avion et m’infligeai un mois de régime et des courses dingues au soleil pour perdre 20 kilos. Ma mère nous disait que nous étions Guadeloupéens et français ; l’un n’empêche pas l’autre, mais l’un n’oblige pas l’autre non plus. Si vous vous ne sentez pas français, déchirez votre carte d’identité. Je n’ai jamais souffert du racisme, Lilian, grâce à ma mère qui nous avait armés psychologiquement. Grâce à elle nous savions qui nous étions mes frères et moi. Grâce à elle, nous avions appris que dans l’expression sale nègre, ce n’était pas le mot sale qui posait problème, mais l’autre, le mot nègre. Nous sommes des nègres et nous nous offusquons quand on nous traite de nègre. Si on nous traitait de sale type, très peu d’entre nous aurait réagi. La femme blanche mentionnée plus haut ne me traitera jamais plus de sale nègre car elle a compris qu’avec moi ça ne marchera pas. Toutefois, Lilian, réagir comme je l’ai fait peut-être mortel : le jeune LAMI en Bretagne en est mort. Je te raconterai. Elle ne me traitera pas non plus de gros lard car j’ai perdu 20 kilos. Tu sais Lilian, je suis un nègre et je n’en suis pas fier, ni n’en éprouve aucune honte. Je suis un nègre un point c’est tout. Comme le blanc est un blanc, un point c’est tout. Comme le Chinois ou le Japonais est jaune ? Un point c’est tout. As-tu remarqué qu’on ne demande jamais à un blanc s’il est fier d’être blanc ? C’est toujours à nous qu’on pose la question. Parce qu’il se pourrait que le noir ne soit pas fier? Et nous tombons dans le piège et cherchons à muer un complexe d’infériorité en complexe de supériorité. Comment être fier d’être noir, alors que IDI AMIN DADA, BOKASSA étaient noirs ; comment être fiers d’être blanc si HITLER et STALINE étaient blancs, Jaune si POL POT et MAO étaient jaunes. Et puis la fierté, c’est un sentiment passager. On ne peut pas être fier tout le temps, c’est trop lourd à porter. Et puis on doit être fier de ce qu’on a fait, d’une action, d’une qualité. La couleur n’est pas une action mais un état. J’étais fier de mon père. J’ai été aussi fier de toi, un jour de coupe du monde. Lorsque qu’après ton erreur de placement, car c’était ton erreur de placement Lilian, je te vis, le monde entier te vit, grand fauve blessé, se ruer à l’assaut des buts Croate et faire exploser cette équipe en 2 temps 3 mouvements et t’installer pour la postérité sur un nuage de gloire. Alors là, j’étais fier pour toi, j’étais fier de toi. J’étais fier d’être Guadeloupéen. J’ai couru dehors hurler ma fierté, mais j’ai été déçu car je me suis retrouvé entouré d’une bande de Guadeloupéens encore plus fiers que moi. Je ne pouvais même pas me targuer d’être Ansois. Et j’ai regretté de ne pas être ailleurs, en métropole, pour revendiquer ma fierté d’être Guadeloupéen. Je suis aussi fier de toi quand tu assumes ta qualité de Français en chantant
la Marseillaise. (Sans vouloir te vexer, j’ai l’impression que tu chantes faux. Quand sera venu le temps de la reconversion, n’envisage pas la chanson). Je ne te raconterai pas ma 2ième histoire, ce serait top long. Et puis je ne suis pas certains que ma lettre te parvienne. Si elle te parvient et que la suite t’intéresse tu sais comment me joindre.
Pour finir Lilian, ne t’en prends pas à SARKOSY. Ne fais pas comme tous ces hypocrites en France, un FABUIS, par exemple qui pour être président est prêt à vendre sa mère. Ne fais pas ce qu’on attend que tu fasses en « politiquement correct ». Tu sais ces Africains, ces Nord-Africains, que tu défends, ils ne t’aiment pas et ils ne t’aimeront pas parce que tu es Antillais et que tu as réussi. Comment s’appelle un voyou ? Un voyou. SARKOSY appelle un voyou un voyou. Il les distingue des jeunes et des banlieusards. Et puis rappelle-toi, de par tes ancêtres, tu es français avant SARKOSY. Et puis vous vous ressemblez tellement vous deux. Vous avez le même amour de la France.
Si tu me réponds, je te parlerai encore de ma mère et de sa fameuse leçon d’histoire sur « Nos ancêtres les Gaulois ». A propos, je te dis « tu », parce que tu as l’âge d’être mon fils et parce que tout le monde te dis « tu ». Je serais fier d’avoir un fils comme toi. CIAO SOLDAT !
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